Mystic Punk Pinguin

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MARSEILLE (13)

Interview de Crapoulet, activiste punk de Marseille

Il y a quelques années, on a commencé à remarquer d'étranges flyers siglés Crapoulet, annonçant des concerts punk avec des photos de pogos où les protagonistes avaient des têtes de lapins.Puis on est tombé sur un fanzine, le Capybara Social Club (du nom d'un rongeur géant vivant en Amérique du Sud) où étaient interviewés des groupes argentins. Puis on s'est rendu compte que derrière cette attitude cool (un qualificatif qu'il adore), se trouvait un activiste de la scène underground marseillaise, multipliant les concerts et les sorties sur son label. Rencontre avec Olivier Crapoulet, un punk cool, hyperactif et intègre.

> On commence par une petite présentation. Crapoulet c'est quoi ?

Crapoulet Records, est un label, qui sort des disques de groupes à travers le monde, dans un style punk au sens large (de la noise, au hardcore, en passant par des trucs plus tordus (post-rock, grind, ...).

> Le label existe depuis quand ? Qu'est-ce qui t'a motivé pour le créer ?

J’ai commencé mon label en 1998/99 sous le nom de Rudeboi!, et j'ai changé de nom vers 2005 pour Crapoulet. Certaines personnes se projetaient un peu trop dans l'ancienne formule, et me reprochaient des choix musicaux, ou des chroniques dans mes zines de l'époque, donc ça m'a fait chier, j'ai pris une tangente et ils n'ont pas suivi, l'image qui se dégage de Crapoulet étant moins punk/ cliché (l'image seulement, hein), ils n'ont pas suivi et c'est tant mieux.

Et d'où vient le nom ?

J’ai cherché le truc qui ferait le plus punk au monde, et j'ai pris le contraire. Le logo cochon d'inde est un bon filtre pour tous les vrais punks qui donnent des leçons, j'en ai très peu au final, ils ne doivent même pas savoir que j'existe, j'essaie de me concentrer sur ceux qui ont vraiment envie d'être là et de partager.

> Crapoulet c'est punk ? Ça veut dire quoi être Do It Yourself en 2015 ?

Crapoulet, c'est effectivement Punk, mais pas que. :) Le DIY en 2015, c'est comme en -145 millions avant JC, c'est de chercher à en faire le maximum par soi-même / nous-même, de construire des réseaux, des connections sur une base artistique et humaine, et de chercher à développer la chose sans perdre de vue ce qui nous a fait commencer à organiser des trucs.
C’est surtout se lancer et faire les choses au lieu d'attendre.
(Et ça s'applique à tout et pas qu'au punk)


> Tu bosses avec pas mal de groupes d'Amérique du Sud. D'où vient cette connexion ? Tu peux nous faire un portrait de ce qui se passe là-bas ?

J’ai toujours été intéressé par l'Amérique du sud, la faute peut être aux Merveilleuses cités d'or (et surtout les docus à la fin de chaque épisode) et j'ai toujours suivi ce qui se passait la bas, ça a commencé via des contacts avec le Rash Guadalajara, ou la scène HC de Colombie. Puis un jour, via myspace, je suis tombé sur un groupe Early reggae de Buenos Aires The Crabs Corporation, et dans leurs amis, il y avait un autre groupe Diferent à qui j'ai proposé de sortir un CD avec leurs deux cassettes, puis un LP. Et comme les réseaux se forment tous seuls, ils m'ont mis en contact avec Los Caidos qui est à ce jour un de mes groupes préférés, tous styles confondus. Et comme en Europe, on n’est pas très nombreux, je pense que mon contact doit pas mal tourner.
La scène sud-américaine est une scène jeune, la plupart des gens là-bas ont connu des états avec des dictatures, des couvre-feux, donc ils n’avaient globalement pas grand-chose. Des groupes comme Alerta Roja (Argentine) ou Invasores (Uruguay) étaient clandestins dans les années 80, Los Crudos (Uruguay), le 'Minor Threat' de l'Amérique du sud est en fait un groupe d'expatriés 'de force' à Chicago. De cet état policier, est née une scène assez structurée avec beaucoup d'envie et de volontariat (les groupes européens qui ont tournés là-bas peuvent en témoigner), malgré un manque flagrant de moyen ou de salles. Et les sud-américains sont vraiment adorables.
J’ai développé un peu le même genre de contacts avec les scènes d’Israël ou d'ex-Yougoslavie aussi. Ce qui explique peut-être que Marseille est devenue la destination préférée des croates, des brésiliens ou des argentins en tournée.

> En 2015, c'est quoi le rôle d'un label ?

Ca dépend de chaque labels. Pour Crapoulet : techniquement, les groupes enregistrent, et je récupère les bandes, presse le disque et file 20% aux groupes (afin de payer les frais de studio) mais j'aime à croire qu'il y a un rôle local aux labels, comme on peut en dire de certains (Dischord à Washington, DangerHouse ou SST à Los Angeles ...) . Autrement,  j'essaie d'aider les groupes à trouver des dates ou des concerts, mais toujours en les laissant œuvrer, je leur fournis juste des contacts, des coups de main par ci et là.

Pour les disques, j'essaie de les conseiller, sur des choses comme les pochettes, ou le contenu des inserts. Pour la scène locale, j'essaie d'œuvrer, en faisant jouer non seulement des groupes de mon label, mais aussi des groupes autres, se rapprochant de ce à quoi je tends musicalement et politiquement, histoire d'animer la scène locale quoi .
J'essaie aussi d'aider les plus jeunes labels à se lancer ou se structurer, parce qu'on est pas tout seul sur le terrain de jeu, donc autant tous bosser ensemble. y a pas vraiment de concurrence, on est relativement complémentaires.

> Qu'est-ce qui motive ton choix de groupes qui rejoignent le label ?

La musique, les idées que véhicule le groupe et ce qui s'en dégage en général je n'ai pas besoin d'un groupe qui soit très politisé, mais je ne peux supporter la bêtise, l'ignorance, le 'fun for fun' ou toutes ces conneries. Si je produis un groupe, c'est que j'ai un feeling assez fort avec, sur divers plans, mais principalement émotionnel. Des fois, je produis des trucs en sachant très bien que je n'en vendrais pas ou peu, mais je le fais quand même, car c'est un disque que j'aurais aimé acheter (et souvent je n'en vends pas beaucoup, mais je m'en fous, je suis juste déçu pour les gens qui achèteront un truc équivalent mais américain et qui s'en gausseront) . Bien sur, je n'ai aucun groupe de beaufs et/ou de droite sur mon label.

> Un disque sorti en 2015, hors Crapoulet, à conseiller ?

L'album de Teenage Bubblegums, pour les fans de Teenagle Bottlerocket ou des Ramones, sinon Determination a sorti un LP aussi, c'est du punk hardcore autrichien, droite lignée de Minor threat, et bonne grosse claque à l'arrivée. Rien de nouveau, ni de compliqué, juste de l'énergie. Le troisième album de Steeve Adamyk Band a quelques lacunes, mais y a deux trois hits pour sauver le truc, et c'est déjà pas mal (punk rock, entre Undertones, Ramones, et le punk 79 mais moderne... et canadien). Enfin, en trucs hardcore fast et brutal, Permanent Ruin ont rassemblés tout leurs EPs sur LP , le tout appuyés par le chant de Mariam, et c'est un disque bien cool quand on aime ce genre de trucs.

Quoi qu'il en soit pour découvrir des trucs, venez aux concerts, les gens qui organisent ont des trucs a vous faire découvrir, et je dois avouer qu'on est rarement déçu, donc n'hésitez pas à franchir le pas ! 


> D'où vient ce délire avec les animaux sur les visuels Crapoulet ? C'est important pour toi l'aspect graphique ?

J’achète des disques depuis bien longtemps, et j'en ai un peu marre des clichés artistiques du genre paysages post-apocalyptiques, masques à gaz, têtes de morts ... et tout ça en noir et blanc ! Bref, rien de très joyeux. Et, sans être optimiste, je suis constructiviste, comme j'aime bien les animaux, j'ai décidé de faire mes flyers différemment, en incluant une certaine référence au chocolat 'Animaux du monde' de mon enfance. J’espère contribuer à la culture animalière des punks en fait. J'avoue que tout ça me sert aussi de filtre par rapport aux groupes trop sérieux, les carriéristes, ou les gros méchants, ils vont ailleurs et ça me va parfaitement.
Sinon, oui, je trouve important l'aspect graphique, déjà parce que ça m'arrive d'acheter des disques uniquement pour la pochette. Quelques part, faut donner envie aux gens, changer les habitudes aussi, amener de nouvelles choses.

> Chaque semaine, on est impressionné par le nombre de concerts à Marseille. Tu as des comparaisons avec d'autres villes en France ?

Mmhh je viens de Paris où y a 5 ans, y avait à peu près autant de concerts , mais toujours dans un seul et unique lieu en gros, la Miroiterie. Depuis que son mur s'est écroulé sur des punks, ils ont un peu plus de mal à trouver des endroits ou jouer.
Je pense même que depuis quelques années, il y a de plus en plus de concerts ici d'ailleurs. Par rapport au public, on a souvent eu genre 30 personnes à un concert en se disant qu'on s'était planté, et à voir la mine ravie des groupes (français souvent) , on s'est dit que pt'ete que chez eux, y a personne non plus dans les concerts, je ne sais pas trop en fait. Je sais que le message commence à tourner qu'à Marseille, ça tourne pas si mal , de plus en plus de tourneurs nous contactent et pas seulement en dernier ressort. Et effectivement quand on fait 75 /90 voire plus pour des groupes croates, ou brésiliens (qui souvent, n'ont pas eu autant de monde sur les autres dates de la tournée), ouais, les gens reviennent et disent à leurs potes de venir.
Enfin, par exemple, à la Salle Gueule, on essaie dans la mesure du possible à toujours défrayer les groupes un minimum, quitte à y mettre de nos poches quand on se plante (allez on dira qu'on s'est acheté un t-shirt à 50euros), et les groupes apprécient le geste, surtout que, certains autres organisateurs eux s'en foutent complètement de laisser partir un groupe avec 30 ou 40 euros.

> Que penses-tu de la scène underground locale ? 

Elle est plutôt vivante à Marseille. Beaucoup de groupes cools, quelques nouveaux groupes. De nouvelles personnes se mettent à organiser des concerts, et je pense que les gens commencent à prendre conscience qu'il faut la soutenir.
Pour comparer avec Paris (je viens de là), il y a ici de vraies salles de concerts, et un public qui se déplace autant pour un groupe de thrash péruvien  que pour un groupe américain, c'est assez cool pour être signalé.

Avec le Vortex (interview à venir sur la Plateforme), on essaie de structurer un micro réseau très local (sur Marseille donc) mais aussi 'régional' , histoire de redynamiser un peu la région et permettre aux groupes du coin de tourner facilement pas trop loin, histoire de faire des échanges entre groupes et gens, c'est encore aux prémices, mais je pense que ça peut bien aider.

On a aussi des disquaires à soutenir !

Comme je le dis régulièrement, faut juste un peu plus de monde, histoire de pérenniser tout ça.


Tu t'énerves parfois sur l'esprit hardcore, condamnant des pratiques qui t'insupportent. C'est quoi pour toi le hardcore ?

Bon, je vais faire un -vague- rappel de comment le hardcore a dérivé, ça sera plus simple pour les lecteurs profanes. Au début des années 80, aux USA, sous Reagan, le punk s'est fait plus rapide et violent musicalement, pour donner le hardcore (que je définis plutôt comme Punk Hardcore, tant le punk est encore présent sur cette musique). Les concerts étaient pas mal violents (pogo, slams...) et étaient un vrai exutoire. Puis sont venues de nouvelles influences (le Straight Edge, le Khrishna, et l'arrivée de la musique Métal dans les influences musicales) et certaines scènes se sont mises à s'illustrer localement. A San Francisco, le courant était très contestataire / politique avec la création de Maximum Rocknroll par exemple, au Texas, la scène Queer punk s'est très développée (MDC, Big boys ...), LA était au top de la drogue, à Washington DC, en 1985, les punks ont décidé d'arrêter la violence  pour donner une vocation positive à leur musique (création de l'emocore, du post hardcore/... avec le Label DischordFugazi et tout ça ... Seulement des Villes comme Boston, et NY, ont préféré les attitudes de beauf, mettant en scène la violence dans leur 'Moshpit', avec une attitude négative, assez machiste, et une imagerie 'skin' couplée au métal (Agnostic Front, Cromags, Madball ...).  (Je signale que je n'ai rien contre le moshpit, quand il est pratique de façon non violente, avec des coups non portés, c'est pas plus con qu'un pogo).

Bref, j'avoue que quand je suis arrivé à Marseille, la scène était encore très marquée par des groupes métal core et son public pas ultra loin des mauvais clichés newyorkais et que ce public pourrissait l'ambiance de concerts que j'organisais (encore une fois qu'ils le fassent entre eux, je m'en fous un peu, mais j'essaie de développer une ambiance où tout le monde est bienvenue ... et entendre parler de Crowdkilling (tiens, je te mets la définition de l'urban dictionnary : hitting losers in the face who stand around kids that dance. smashing noses and punching into a crowd of insignificant faces just for a good laugh) à mes concerts, ben ça c'est terminé rapidement, on a mis les têtes de cons dehors ; ils ont pleurés sur internet et fin de l'histoire. Le hardcore, c'est une musique, punk de base, qui peut représenter un exutoire pour les gens, une manière de partager, de créer des trucs ensemble. Et tout cela avec une attitude et une énergie Positive. C’est très complémentaire au Punk Rock.

Si ça peut te 'rassurer', cette violence est présente dans de nombreuses villes, il suffit de voir le nombre de groupes jouant à Marseille remarquer qu'il y a beaucoup de filles dans les concerts punk et hardcore ici, ou de s'étonner de voir tant de gens sourire et discuter avec eux. C’est que globalement, c'est moins le cas ailleurs (ou alors ils sont très gentils et polis)

Pour moi, le punk hardcore représente un microcosme où chacun doit se sentir bien, où tout le monde est accueilli, avec respect, qu'il soit petit, grand, costaud ou pas, femme, homme , qu'importe le genre, ancien ou nouveau dans le milieu. Un peu comme une cordée en montagne, on s'adapte et aux conditions, et aux autres, et ça n'empêche pas d'y prendre plaisir. C’est une façon de vivre assez naturelle  en fait. Le punk hardcore, pour moi, c'est aussi des groupes qui s'interrogent sur le monde autour d'eux, qui cherchent à évoluer, à apporter quelque chose, et qui cherchent à être autant acteurs que spectateurs, quelques part, qui ont une vision de ce qu'ils veulent faire. C’est fondamentalement un espace de liberté que l'on se crée, c'est aussi simple que ça. Ça peut paraître pompeux, et ce n’est pas facile à atteindre, mais c'est l'objectif vers lequel je tends.


Récemment tu t'es enflammé par rapport à Jello Biafra et le prix de ses concerts. Tu peux nous en reparler ?

Alors je me suis pas enflammé, j'ai juste marqué qu’à 22.50 euros le concert, c'était Non de ma part. Même si je gagne correctement ma vie, j'estime que ma barrière psychologique est franchie et je trouve ça cher, désolé. À la rigueur, 15 euros j'y aurais réfléchi. Néanmoins, je pense que le vrai problème dans cette histoire, c'est que Biafra vient à Marseille et jouera devant 200 personnes (allez 250 si c'est plein). Prochaine tournée à la Salle Gueule? 
En fait, plus ça va, plus je me dis que le public se déplace de moins en moins, que les gens préfèrent sortir en festival où juste sur la plage pour l'apéro, et je n'ai pas envie que les dernières personnes à venir aux concerts paient la différence. Si tu es propriétaire, et qu'on te dit que la moitié des autres proprios ne paient pas leurs charges et s'en battent, alors avec les quelques proprios présents, ben tu vas payer pour tout le monde, je suppose que tu n'es pas d'accord...
Jello Biafra, dans ma tête, ça devrait jouer au Cabaret Aléatoire, un truc un peu plus gros, non?
Le vrai problème c'est que le public ne vient plus , ou pas beaucoup. Alors il y a la solution de mettre un ou deux euros de plus sur le prix d'entrée. Mais quand tu as 30 personnes à la Machine à Coudre, effectivement, tu peux donner 200 euros au groupe au lieu de 150, c'est cool. il n'empêche que pour les salles, il faut un peu plus de public pour tourner et payer le loyer, et la seule solution, c'est de trouver du public, de les (re)motiver, de rappeler que quand on est punk, ou rocker, ou je ne sais quoi, ben faut sortir, soutenir sa scène, ses salles, ses groupes (et même pour les groupes, je pense qu'ils préfèrent tourner devant plus de gens). C’est d'ailleurs totalement pour ça qu'on a monté le Vortex d'ailleurs. 

Et selon moi, y a aucune autre alternative, faut du monde.

> Une initiative que tu as envie de mettre en avant ?

Pleins!
- Avec les gens de la Salle Gueule, on file des coups de main à ceux qui veulent se lancer à organiser des concerts, histoire de les aider à ne pas se louper au début. Ça permet en outre que ça ne soit pas 6 personnes qui organisent 80% des concerts à Marseille.
- Avec Sammy, on a créé le Vortex, un Agenda Coolturel Marseillais (plutôt axé sur la scène punk) – www.levortex.fr
- Avec Leanne, on est en train de voir la possibilité d'organiser des concerts punk et hardcore pour les mômes avec une sono adaptée à leurs petites oreilles faibles.

- A la Salle Gueule aussi, on va relancer les Bistro Distro, ça fédère tous les labels et distors de Marseille, et ça permet aux gens de venir fouiller leurs bacs (et boire des coups)
Et on verra plus tard pour d’autres projets encore ! 


> Le mot de la fin ?

J’aime assez le mot Bwak en fait! Donc Bwak!

 

La page Plateforme de Crapoulet : http://laplateforme.audio/Crapoulet_Records

le label : http://crapoulet.fr
La distro : http://crapoulet.fr/shopshop
le facebook : https://www.facebook.com/Crapouletrecords

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Commentaires


Philippe

Posté le : 20/07/2015 à 16:17

you ARE cool, merci pour cette belle itw....