Mystic Punk Pinguin

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MARSEILLE (13)

Interview de Toko Blaze, urban griot de Marseille

Des ateliers d'écritures de la MJC de Vitrolles à la sortie de son nouvel album "Easy Steady", cela fait 25 ans que l'homme que l'on appelle Toko Blaze est dans la place. Griot et prolo de la musique, il est un des personnage les iplus ntègre que l'on ait pu rencontrer. Après un concert torride au Molotov pour la sortie de l'album, entre dédicaces aux militants, open mic old school, où il s'est montré comme à son habitude énergique et sincère, Toko répond aux questions de La Plateforme.

 

* Quel est ton parcours musical ?

Je suis arrivé dans la musique par un atelier d’écriture animé par Jali, Tatou et Rankin Clarence (NdR : du Massilia Soud System) dans une MJC à Vitrolles. Au début, c’est un délire – après t’y prends goût et tu essaie de faire comme les autres – Comme référence française, on avait peu de chose la K7 d’IAM « Concept » et quelques émissions de Lionel D sur Radio Nova – On a monté le groupe de rap Black Lions – puis on a commencé à inclure des morceaux ragga dans le set – Le succès nous est tombé dessus et on était pas vraiment préparés à ça – Trop raggamuffin pour mener une carrière artistique – séparation juste après la sortie de notre premier disque - J’ai eu l’opportunité de continuer sous l’aile du Massilia Soud System – de faire des concerts, des disques  – Comme j’étais curieux, j’ai tenté plein d’aventures : Rap avec la crème de la scène locale - Jungle avec le Selecta crew de Kafra et Goatari – Ska/rock steady avec le Jamasound – plus électrique avec l’Oaïstar… Avec Rastyron on a pu produire plusieurs albums et monter un band pour la scène - Ce qui nous a permis de jouer un peu partout.

 

* Tu te définit comme "Urban griot", c'est quoi le concept ?

Les jeunes rappeurs m’appellent l’ancien, le doyen. L’urban griot c’est l’héritage, l’art de la parole, la transmission de message qui se traduit en chanson.

 

* Quelles sont tes influences revendiquées ?

À la base, ma culture musicale est beaucoup plus hiphop que reggae et je continue à suivre l’actualité du rap aussi bien US que français sinon en reggae je viens de l’école rub a dub avec des deejayz comme Cutty Ranks, Papa San, Mad Cobra, Ninja Man

Comme mon environnement se situe au carrefour des mondes, ma musique se nourrit des multiples influences que je côtoie au quotidien (de l’Afrique de l’Ouest à l’Amérique latine, en passant par les Caraïbes et l’Océan indien).

Dans ma démarche je suis assez proche de certains groupes alternatifs de l’époque comme la Mano Negra, Zebda et autres Bérus (mon premier disque est d’ailleurs sorti chez Bondage via Roker Promocion).

 

* D'où vient le titre de ce nouvel album "Easy Steady" ?

Je suis tombé sur un film «American Graffiti». Dans le film il y a un animateur radio que tout le monde écoute. Dans une Amérique très blanche, tout le monde pense qu’il est noir et son émission sur une radio pirate tourne toute la nuit – La musique n’a pourtant rien avoir avec la mienne - elle a pourtant été un déclic pour moi d’où l’introduction faite par Londres (Red Light)  à la manière Wolfman Jack.

Easy Steady  vient des premières affiches de Jamasound – Nostalgie de cette période.

 

* De quoi parlent tes textes ?

Ca traite de sujets divers, un point de vue local, un regard sur le monde - ça peut sonner comme un slogan, un hymne, une ode… – J’ai pas de thème particulier – ça dépend de l’inspiration du moment – disons que je m’intéresse à ce qui se passe autour de moi et je l’exprime artistiquement – souvent de manière maladroite mais une fois que c’est dit…

 

* Tu as lancé une souscription sur KissKissBangBang pour financer le disque, tu peux nous faire le bilan de ce mode de financement ?

Au départ t’as 2,3 titres en maquette dans la machine – tu te dis ben on va essayer d’en faire quelque chose – au début seul - et après tu regardes autour de toi et tu vois qu’il y a ce genre de truc qui se développe sur internet comme à l’époque des souscriptions – et là tu te dis pourquoi pas ? Au moins ça permet de poursuivre le boulot dans des meilleures conditions – Et là tu fais le truc et tu te rends compte que les gens participent – et tu es surpris de voir autant de soutien – et là tu réalises que tu as atteints tes objectifs et qu’il faut se mettre au travail – Le problème c’est que ça passe par des banques.

 

* C'est quoi le raggamuffin en 2015 ?

C’est le même avec du bide, des cheveux blancs, la vue qui baisse et des dents en moins – avec des responsabilités, un foyer, des enfants – Une vie qui se veut rangée en façade mais qui ne cesse de s’improviser comme au bon vieux temps – ça traine tard dans les rues animées – ça squatte le comptoir des bars les soirs de match - toujours prêt à dégainer au mic dès que l’occasion se présente – Un raggamuffin reste adolescent toute sa vie

 

* Tu tires quoi comme bilan de 25 ans d'activisme dans la musique ?

Tu arrives – devant toi c’est le grand désert – Tu fais quelques pas et tu te rends compte qu’il y a du monde derrière – un public plus nombreux - de plus en plus de groupes – des structures qui se montent, deviennent incontournables – des youths qui signent en Major – qui vendent beaucoup de disques – qui sont adulés par le public et les médias et qui du coup deviennent inaccessibles – d’autres se sont cassés les dents par la suite et sont retombés dans l’anonymat – J’ai vu des portes s’ouvrir et se refermer les unes après les autres – des friches destroy devenir des forteresses bobos – Un milieu associatif se professionnaliser et devenir dépendant des aides publiques. Des cafés concerts qui tombaient des futs de bière se retrouvant du jour au lendemain à remplir des dossiers de subvention pour se survivre.

Moi avec mes 25 ans de galère artistique, ma grande gueule et mes coups de sang - j’arrive encore à passer les époques et les genres quand d’autres se sont écroulés en route.

 

* Tu arrives à vivre de ta musique ?

Malheureusement plus ! Depuis presque 10 ans. Tu perds ton statut d’intermittent et tu te retrouves une main devant, une main derrière – T’as plus aucune ressource et en plus t’as le trésor public qui te harcèle -

A présent j’ai une autre vie et c’est mieux comme ça – ça m’évite de courir après les cachets - de faire tout et n’importe quoi pour 12 heures –  Mon taf me permet d’investir un peu dans ma musique sans faire trop de concessions artistiques – et jouer où, quand et pour qui je veux sans penser au montant du cachet.

 

* Quels conseils donnerais-tu à un jeune groupe ?

Vendez vos instruments, achetez un ordinateur et un contrôleur pour mixer de l’électro dans les soirées branchées !

Moi je ne suis pas un bon exemple car j’ai grillé trop de cartouches à ne pas être au bon endroit au bon moment – ma carrière est un peu en dents de scie peut être par manque d’opportunisme – mais depuis 25 ans je continue avec un succès d’estime – Peut être que si j’avais eu le même succès que mes camarades (Chronique de Mars) je ne serais peut être plus là - j’aurais subi le même naufrage –

 

* Une tournée est prévue avec la sortie de l'album ?

Du sound system dans des petits espaces pour reprendre le contact avec le public et roder les titres différemment. Peut être monter un band pour faire du festival l’été prochain. A voir !

 

* Ta pire galère en concert ?

Première partie de Jimmy Cliff à la halle de Martigues un 24 Avril 2008 – Gros trou noir – je ne me souvenais plus des textes - j’ai essayé de masquer du mieux que j’ai pu – mais ce concert m’a traumatisé à vie – Dans ma carrière artistique, il y a un avant et un après ce concert – À présent quand je monte sur scène j’ai un peu d’appréhension ce que je n’avais pas auparavant.

 

* En avril 1991, le concert de NTM / IAM à Vitrolles, où tu ouvrais avec les Black Lions, s'était finit en baston générale, ça s'est apaisé depuis les concerts, non ?

La ville avait recruté tous les videurs des boites de nuits aixoises pour assurer le service d’ordre. Imagines toi videur du Club 88, bourrin, raciste – Tu te retrouves à gérer des gars que t’as le plaisir  de pointer le week-end

Pas l’habitude de cet environnement, ils se sont fait déborder dès la première embrouille – à l’époque il n’y avait pas encore les Bafalos – mais dans la salle Papi et Grand Jack ont joué les grands frères et je crois que c’est à partir de ce concert que les choses ont changé car le même problème s’est produit un mois auparavant à Banlieue blues.

 

* Quel regard portes-tu sur la scène marseillaise ?

Elle s’est fait prendre de vitesse par la scène aixoise. Quand tu assistes à des tremplins comme Class’rock tu te rends compte que le potentiel n’est pas seulement à Marseille mais dans plein de petits patelins autour – avec internet ces groupes nés en pleine crise  ont d’autres centres d’intérêts que de signer en maison de disque, de toucher un cachet à chaque apparition scénique ou de gratter des subventions pour faire un disque– Ceux sont eux qui vont forcer le milieu de la musique à se renouveler.

 

* Avec quels acteurs locaux collabores-tu ?

Aucun, mise à part It’s Ok ! Qui s’occupe de la vente du CD – après c’est au coup par coup – Il y a Cola production (Africa Fête) pour un peu d’administratif et Massilia Cosmo (Sun festival) à Vitrolles.

Je n’aime pas la manière dont certains travaillent et conçoivent la musique. Les mecs se prennent pour des rapporteurs d’affaires en plus de toucher des subventions– Quand tu vois que le rap à Marseille, pourtant banni des réseaux Musiques Actuelles, arrive à vendre autant de disques que les stars de la variété française sans passer par ces dispositifs à la con – tu te poses des questions sur leur utilité mise à part préserver le salaire et le poste fictif de certains – On finance des projets stériles qui ne se vendent même pas ? –

À Marseille, combien de personnes vivent (salariés) de la musique ? Et combien de musiciens vivent de leur passion ? – Les groupes bretons de reggae arrivent à vendre presque 5000 albums rien que dans leur région car tout un système a été conçu pour que les productions locales soient misent en avant – Ici, on a trainé la patte… Tu te fais jeter de la Fnac parce qu’ils n’ont pas envie de gérer du stock sauf si c’est Universal et Sony.

 

* Et au national/international ?

Aussi bien au niveau national qu’international, je suis en contact avec quelques opérateurs qui peuvent m’assurer des dates de concert si je me rapproche de leur périmètre d’activité.

 

* Quelle utilisation d'internet fais-tu pour ta musique ?

Pas très bien – pas comme il faudrait – C’est dommage parce qu’internet a depuis longtemps ouvert les frontières – et tu te rends compte que malgré la barrière de la langue, ta musique est appréciée dans des endroits que tu n’imaginais même pas.

 

* As-tu bénéficié de soutiens publics (dispositif de professionnalisation, subventions, emplois aidés ...) ? Si oui, quel bilan en tires-tu ?

J’ai déjà eu une aide sur certains projets – On te demande presque de rédiger un mémoire de 100 pages pour des fonds que tu n’es pas sûr d’avoir – En plus t’es jugé par des gens qui n’ont jamais produit de disque avec leur propre argent – Et tu te rends compte que ces financements tournent toujours autour du même pool de structures - des gens habitués à monter des dossiers de subventions, à s’acoquiner avec les institutionnels – ces même gens que tu retrouves à la tête de tous les dispositifs, dans toutes les commissions d’attribution, dans tous les jurys comme le Babel Med et les découvertes du Printemps de Bourges – et qui sont aussi pseudo manageurs, tourneurs, producteurs de disques… - Toujours les mêmes musiciens sur les projets lauréats – Des musiques comme le rap et le reggae sont bannies de leur système -

 

* Tu as toujours porté un regard acéré sur la société, ça t'inspire quoi la situation actuelle ?

Oui, plus que jamais – quand tu vois la montée de l’extrême droite surtout dans notre région – tu te demandes si nos aïeux se sont battus pour la bonne cause ? Si oui Laquelle ? La mère patrie qui ne les a jamais reconnu et ne reconnait toujours pas leur descendance ? – mon combat c’est ma couleur de peau – je sais que toute ma vie je devrais me battre pour elle – à chaque fois que je vais me présenter à un entretien d’embauche – à chaque fois que je dois visiter un appartement – à chaque fois que je me déplace quelque part – Que je sois en baggy basket ou costard cravate, c’est pareil - Noir et français mon identité !

 

* Marseille c'est quoi pour toi ?

Pour apprécier Marseille faut aller voir ailleurs comment ça se passe - voyager - Et là quand t’es loin tu te rends compte de ce que t’as à proximité – À Marseille je ne prends que ce qui m’intéresse – Chacun son bout de Marseille – moi le mien commence à Noailles passe par le Cours-Julien et fini sur la Plaine.

 

* Et le quartier de La Plaine ?

La Plaine c’est ma muse ! Ça part de là et ça fini là !

 

* Un disque à conseiller ?

Le mien !

 

* Une initiative que tu veux soutenir ?

Déboulonner le CIQ Plaine/Cours Julien. Qu’ils aillent habiter à la campagne et qu’ils arrêtent de tout faire fermer. Bientôt il ne va rester que des banques et des magasins de vieilles fringues bobo.

 

* Le mot de la fin ?

Soutenez la scène locale ! Venez l’applaudir ! Achetez ses disques !

Elle a grand besoin de vous !

 

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https://soundcloud.com/toko-blaze

Toko Blaze sur Youtube

https://twitter.com/tokoblaze2

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Commentaires


Garage

Posté le : 21/10/2015 à 22:12

L'interview est au top. Je suis content de lire ce genre de point de vue. ça fait du bien.
Peazz