Mystic Punk Pinguin

Structure de communication / relation presse

MARSEILLE (13)

Interview des écumeurs de concerts du collectif Live in Marseille

Les activistes de Live in Marseille écument les salles de concerts depuis plus de 15 ans. Peu avares de leurs impressions, ils publient leurs chroniques sur liveinmarseille.com (affilié au site www.concertandco.com). Le maître mot du fondateur Pirlouiiiiit étant de répondre à ceux qui disent « qu’il n’y pas grand-chose comme concert à Marseille », ce qui horripile au plus haut point ce grand dadais pourtant sympathique.
Car même si les membres du collectif peuvent s’aventurer à un concert de Johnny au Dôme, ils affichent une nette préférence pour les « petites » salles et la programmation indé (du rap occitan au punk en passant par les fanfares des 5 continents). C’est cette scène là qu’ils mettent en évidence dans leur traditionnelle exposition, rétrospective de l’année en photos de concerts.

Rencontre avec Philippe et Pirlouiiiiit, deux piliers du collectif.

* Quel est l'histoire du collectif Live in Marseille ?

Pirlouiiiit : Si on peut considérer que Live in Marseille est née en 1997, je dirais que celle du collectif n'a véritablement commencé que quelques années plus tard avec l'arrivée du Mystic Punk Pinguin (2000), de Philippe (2002), et tous les autres. Un groupe de personnes qui ne se connaissaient pas forcement au départ mais se sont retrouvées autour d'une passion commune, celle des concerts et d'une envie, celle de donner leur avis, à travers des chroniques de concerts (ou de disques) que l'on retrouve sur le site Concertandco.com. Ça se sent dans le résultat qui tranche un peu avec le gros de ce qu'on peut lire dans la presse où il s'agit essentiellement d'annonces voire de promo pour des dates à venir (souvent fortement influencé par le communiqué de presse). D'autant que nous ne sommes soumis à aucune pression financière puisque nous sommes tous bénévoles.

Philippe : Je ne sais pas trop, je suis là un peu en touriste car seulement depuis 2002. A la base c'est surtout l'histoire d'une pathologie qu'on appelait pas encore le FOMO ("Fear Of Missing Out", en français "peur de rater quelque chose") et dont souffre, depuis le siècle dernier, François "Pirlouiiiit" et qui lui a donnée l'idée d'un agenda de TOUS les concerts. Une pathologie qu'il a habilement diluée dans un rapport éminemment conflictuel et productif avec un petit punk affublé du même mal, devenu son alter ego pendant de longues années, le Mystic Punk Pinguin. A l'instar de la Rose et du Réséda, entre celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas, ils ne sont jamais d'accord sur rien... mais toujours ensemble au premier rang des même concerts.

Philippe initiant son fils Joshua à la chronique de concert - Photo : Pirlouiiiit


* Quelle est votre démarche ?

Pirlouiiiit : L'objectif est d'informer les gens de l'énorme activité de la scène musicale marseillaise. Cela passe, en amont, par la compilation d'un maximum de dates dans la newsletter hebdomadaire éponyme (une centaine de groupes annoncés par semaine les bonnes semaines, un bon exemple ici) qui est envoyée chaque dimanche soir de façon à ce que les personnes qui la reçoivent puissent déjà avoir une bonne vision de toutes les belles choses qui les attendent (sans forcement attendre le mercredi).

Et en aval, on essaie de chroniquer un maximum de concerts pour montrer qu'il se passe beaucoup de choses dans le coin. Ça fait un peu de materiel pour les dossiers de presse pour les groupes locaux, ça donne des indications sur les groupes qu'on aimerait revoir et ça sert même aux lecteurs des autres villes (Concertandco étant un site national) qui peuvent prendre la température de la forme d'un artiste en tournée. Comme je le disais on fait évidemment tout cela bénévolement en essayant (et c'est le cas dans la plupart des fois) d'être accrédités.

Philippe : D'abord se faire plaisir en écrivant sur la musique (mon hobby), en rêvant à une gloire journalistique inaccessible sans m'en donner les moyens (démarche de loser magnifique, en quelque sorte). Promouvoir la scène locale mais pas que (également les festivals que j'aime : j'en suis à 22 ans d'affilée d'Eurockéennes par exemple, et assez assidu à Rock en Seine aussi), partager mes goûts, faire connaître des musiques qui me font vibrer à des gens qui veulent bien s'y intéresser (partant du principe que plus on connaît de la bonne musique et plus on est heureux - voire même, plus on devient moins con).


* Qu'est ce qui vous a amené à la chronique musicale ? Des influences ?
 

Pirlouiiiit : Je raconte souvent que mon premier papier dans la presse ça a été à cause de Sloy. Lors de leur dernier passage à Marseille (au Poste à Galène), il y avait la même semaine Placebo et le Jon Spencer Blues Explosion. Sentant que la presse risquait de faire l'impasse sur leur passage au profit des deux autres je suis allé dire à Philippe Faner (alors redac chef de Taktik) que si il y avait un concert rock cette semaine là à ne pas rater c'était Sloy. J'ai du être convaincant car il m'a proposé d'écrire le papier. Ce n'était pas vraiment une chronique mais quand même bien basé sur leurs concerts passés.

Sinon d'un point de vue plus profond je pense que cela vient de mon côté archiviste / journaliste avec cette envie de garder une trace, un témoignage de choses que je trouve belles et à côté desquelles de trop nombreuses personnes passent.

Sinon pas trop d'influences puisque je ne lis quasiment rien et fais mes choix (même pour les disques) en fonction de ce qui passe à Marseille. J'ai commencé en pondant quelques lignes pleines de fautes d’orthographes il y a plus de 15 ans, désormais j'en écris un peu plus avec un peu de moins de fautes (encore que …) mais en m'éloignant parfois un peu du concert que je chronique au sens strict.

Philippe : J'ai toujours aimé écrire, et en particulier sur la musique. J'ai commencé en chroniquant des disques de Noir Désir et de Portishead dans un journal étudiant en 1996 ou 1997. J'en étais rédacteur en chef et donc tout à fait libre de pérorer... Cette petite marotte a été mise en sommeil ensuite jusqu'à ce que je trouve à nouveau le support idéal avec concertandco.com.

Des influences ou plutôt des modèles : les gonzo bien sûr (Lester Bangs, Hunter S Thompson). Localement Olivier Gasoil quand il se sort les doigts du c... et raconte une tournée, j'adore. Vince Palacio m'a déjà fait pleurer de rire aussi.
Cela dit j'aime lire Pierre Andrieu qui est capable d'être concis et radical dans ses chroniques, sans jamais blablater comme moi...

Sam Karpienia à la Meson (2013) - Photo Pirlouiiiit


* Vous êtes combien dans LiM ?


Pirlouiiiit : Difficile à dire … c'est un collectif à géométrie variable avec beaucoup de changements au fil des années en fonction des évolutions familiales, géographiques ou de carrière de chacun donc il est difficile de savoir. S'il y a bien quelques chroniqueurs historiques (Philippe, Sami, Gandalf) certaines vont et viennent (Odliz de retour après 7 ans à l'étranger) et il y a des nouveaux tout le temps. A titre indicatif, on une petite liste de diffusion interne (pour la gestion des accréditations surtout) sur laquelle j'ai demandé à tous ceux qui le voulaient de se présenter en quelques lignes pour faire des fiches qui seront collées sur les murs de Lollipop pendant l'expo et j'ai eu 12 réponses. Donc bien plus que 12.

* Qui fait quoi ?

Pirlouiiiit : Pour les chroniques certains font des photos, d'autres des chroniques, d'autres les deux. Pour la newsletter et la coordination des accréditations je m'en occupe.

Philippe : Pour les chroniques et photos, chacun fait ce qu'il lui plait. Par contre "qui fait quoi", c'est Pirlouiiiit qui gère tout l'agenda depuis que le Pinguin est parti. Et du coup c'est bien la question en ce moment, notamment quand des salles ne font pas l'effort de rentrer leurs dates de concert dans l'agenda : est-ce qu'on le fait pour elles (et sans attendre qu'on nous dise merci même si ça leur amène forcément quelques personnes en plus) ? Y compris pour celles qui ne nous parlent que quand elles sont en difficulté financière, pour faire passer leurs appels aux dons ? Voilà qui met notre bonne volonté à l'épreuve : personnellement n'étant pas spécialement animé par la charité chrétienne j'aurais tendance à leur dire d'aller se faire voir, à tous ces snobs, mais Pirlouiiiit qui est un Saint de la cause musicale marseillaise, ne lâche pas le morceau lui.

* Quels sont les liens / différences avec Concertandco ?

Pirlouiiiit : Live in Marseille c'est le collectif bénévole décrit ci dessus, Concertandco c'était une asso monté par un passionné de concert comme nous, désormais une SARL (dont il fait toujours partie) qui héberge l'agenda et toutes nos chroniques (plus de 6000 à ce jour). Cette SARL a d'ailleurs fini par embaucher notre Mystic Punk Pinguin il y a quelques années qui a donc pu se consacrer à plein temps à la gestion de l'agenda et la rédaction de la newsletter. Ce fut la période d'or de Liveinmarseille et le moment où l'agenda était vraiment exhaustif et d'ailleurs pompé sans vergogne par pas mal de médias. Et puis pour diverses raisons (techniques je dirais) bien que beaucoup plus complet que ses concurrents et doté d'une base de groupes et chroniques incomparable Concertandco n'a pas réussi à trouver son modèle économique ce qui a conduit au licenciement du Pinguin. Depuis j'ai repris en bénévole, à côté de mon boulot et nous travaillons à convaincre les salles de saisir leur programmation directement sur le site http://www.concertandco.com/annonce.php pour que l'agenda retrouve sa splendeur de l'époque pinguinesque.

Philippe : Nous sommes théoriquement une antenne locale et en réalité, d'assez loin les plus gros pourvoyeurs de chroniques de concerts, tout en contribuant pas mal aux chroniques de disque aussi !

Conger!Conger! à Phocea Rocks (2013) - Photo Pixxxo

* Quelle est la fréquentation du site et combien d'abonné-e-s à la newsletter ?

Pirlouiiiit : Cela fait longtemps que je n'ai pas demandé aux administrateurs du site mais au dernier pointage on était à un environ 10,000 destinataires pour la newsletter et 60.000 pages vues par mois, ce qui a du un peu baisser depuis le départ du Pinguin, d'autant que cela fait longtemps que nous n'avons pas fait de pub (je parle de distribution de tract à la sortie de concerts là).

* Live in Marseille et/ou Concertandco touchent des subventions ?

Pirlouiiiit : Concertandco ça m'étonnerait, Liveinmarseille, rien du tout. De ce côté là on n'attend plus rien tant que les gens qui sont en poste dans les institutions ne changent pas.. Même si tout le monde s'accorde à dire qu'on fait un travail d'utilité publique : annoncer tous les concerts même ceux sur lesquels il n'y a pas de prévente (et donc pas de commission à espérer) ou qui n'ont pas d'argent pour prendre de la pub dans les journaux (pour qu'ils) d'eux, les institutionnels préfèrent donner de l'argent à des choses plus visibles. A une époque le Pinguin avait un projet pour rendre la base gratuite pour tout le monde, y compris ceux qui veulent l'utiliser pour gagner de l'argent (comme la presse), mais il n'a trouvé aucun soutien au niveau des pouvoirs publics.

* Quels changements avec l'omniprésence du web qui s'est imposé depuis le début de LiM où vous étiez pionnier ?

Philippe : Face de bouc & Twitter. Une pensée exprimable avec un pouce levé ou 140 signes est nécessairement peu complexe et peu intéressante. On perd désormais l'attention de 90 % des gens au bout de 3 lignes. Je m'en fous et je les emmerde, j'écris pour les 10 % restants : parler de la musique ne saurait se résumer à des formules et des appréciations aussi basiques que "j'aime/j'aime pas".

Pirlouiiiit : Quand on a commencé c'est clair que il n'y avait pas 36 façons de se tenir au courant de ce qui se passait et si tu n'habitais dans le centre et si tu ne sortais tout le temps ce qui te permettait de voir des affiches, ramasser des tracts ou un journal comme Taktik tu avais de grande chance de ne pas être au courant de ce qui se passait, sauf pour les concerts si tu étais abonné(e) à la newsletter LiveinMarseille ;-). Quand le Pinguin a été licencié je me suis sincèrement posé la question de la nécessité de reprendre. Est ce qu'avec Facebook and co il y avait encore besoin d'un site comme Concertandco.com et puis très vite je me suis rendu compte qu'un site qui centralise vraiment toutes les dates de concerts et qui fait de vraies chroniques (de gens qui sont vraiment allées au concert) correctement écrites (et non des photo report avec des j'aime) et surtout pérennes (qu'on pourra encore lire dans 20 et qui ne seront pas perdu dans les fin fond d'un mur fb devenus inaccessible) … mon côté archiviste / historique qui ressort.

Odliz, chroniqueuse zen dans un maelstrom punk - Photo Pirlouiiit

* Pirlouiiiit, tu as commencé à photographier quand le numérique n'existait pas, maintenant tout le monde est photographe de concert, non ?

Pirlouiiiit : En effet j'avais un petit 35mm automatique tout pourri avec lequel je prenais 3-4 photos par concert (dire que je n'ai pris que 5 photos de Sloy ou 2 d'Elliot Smith) et j'allais plusieurs fois par mois à la Fnac pour faire développer ces photos que je scannais ensuite péniblement pour les mettre en ligne. Pas photographe du tout j'avais commencé dans un but journalistique pour décorer les chroniques et apporter quelques infos supplémentaire. Le numérique m'a permis de faire des économies et de m'améliorer en passant. Maintenant en effet tout le monde prend des photos plus ou moins réussies ce qui n'est pas trop le problème en soi, par contre ce qui en est un c'est que (comme dans le reste de la vie) ça gâche un peu la réalité. Tous ces portables c'est assez agaçant mais ce qui l'est encore plus pour moi c'est le comportement de certains photographes (parfois « pro », et parfois même embauchés par le groupe) qui ne tiennent pas compte du public et semblent près à tout pour faire des photos qui ne correspondent du coup plus à la réalité du concert qu'ils ont modifié (un bel exemple).

L'autre conséquence que je trouve désagréable, d'un point de vu plus « professionnel », c'est que les salles de concerts sont submergées de demandes de passe photos et du coup les crashs (espaces entre le public et la scène) sont saturées de photographes dont les photos ne vont finalement qu'alimenter des « photo report » avec souvent très peu de valeur ajoutée par rapport à ce qu'on pourrait trouver sur facebook ou quelques blogs (souvent accrédités d'ailleurs). Au sein de Liveinmarseille on a toujours refusé de ne publier que des photos ; mais c'est assez symptomatique de notre époque où l'image compte plus que tout et où on zappe plutôt de d'analyser les choses en profondeur.

Philippe : moi en tout cas j'ai toujours du mal à sortir une photo propre même avec un appareil moderne. Et quand je vois les merdes photo et vidéo que les gens osent poster sur FB et Y-----e, je me dis qu'il y a encore vraiment de la place pour les vrais photographes !

* Tu racontes souvent que tu te fais 2,3 voire plus, concerts dans une soirée, c'est pas frustrant de partir avant la fin d'un set ?

Pirlouiiiit : Ca l'est rarement en fait. Ce qui l'est c'est la difficulté de connaître les horaires réels car si on les connaît il y a moyen de voir 2-3 concerts en entier. Il m'arrive souvent de faire le trio (showcase à) Lollipop à 19h, (concert) au Poste à Galène, à l'Espace Julien, au JAM à 21h (où les horaires sont relativement fiables) et puis Machine à Coudre, Molotov, voire Embobineuses à partir de 23h. Tout ceci est possible car les salles sont assez proches les unes des autres et que je circule en vélo. Il m'arrive même de faire plusieus aller-retour entre des salles proches (Machine, Demoiselles du Cinq, Dar Lamifa, Molotov, JAM, Inter, …). Quand ça marche c'est le top, mais il y a des fois où j'arrive à chaque pause des groupes et là c'est frustrant.

Le fait d'en voir plusieurs par soir même si parfois il s'agit seulement de morceaux de sets me permet de découvrir plus de groupes que j'irai ensuite revoir plus longuement. Ce qui est parfois un peu frustrant c'est de partir dès que le concert est fini plutôt que d'en discuter avec les potes ou boire un coup aussi. Mais ce n'est rien à côté de la chance d'avoir vu tous ces groupes.

Philippe : moi perso c'est un crève-coeur quand je dois le faire. Quitter récemment Frustration (le meilleur groupe de rock français du monde) avant la fin de leur set pour cause de babysitter a été une énorme ... frustration même si c'était ma 3ième fois avec eux.

Quetzal Snakes à la Machine à Coude - Photo Patte Molle

* Que pensez-vous de la scène locale ?

Pirlouiiiit : Que c'est une des chance d'être dans une si grosse ville aussi mélangée avec une scène aussi riche et variée. Il y a une énorme scène rock, une très grosse scène jazz, beaucoup de groupes de chansons (même si ils ont peut être plus de mal à exister), beaucoup de musique dite « du monde », pas mal de hip hop et de reggae (même si beaucoup moins que les scènes que je viens de citer en terme de concerts). Il y a aussi de la musique improvisée, du classique ... bref de tout. Franchement si vous êtes un tout petit peu curieux et que vous acceptez d'aller voir des groupes dont vous n'avez pas entendu parler à la télé vous ne pourrez qu'être comblé.

Philippe : elle est super, et largement assez fournie pour moi. Rien qu'en parlant de rock au sens le plus large, le festival Phocéa Rocks a programmé 86 groupes différents depuis 2013, il y a de quoi faire...

* Quelle évolution ressentez-vous ces dernières années ?

Pirlouiiiit : Que ça va crescendo, malgré les obstacles, les difficultés administratives, les problèmes de voisinage, .. il y a toujours de nouvelles salles, de nouveaux bars, de nouvelles assos. Mais si au niveau global c'est constant voire en expansion au niveau individuel c'est souvent triste. Des gens s'usent pour faire exister des lieux / scènes et disparaissent remplacés par d'autres qui tiendront plus longtemps peut être. Quel dommage que les institutionnels n'aient pas une meilleure connaissance du terrain et ne s’intéressent qu'aux gros événements tape-à-l’œil alors qu'avec proportionnellement très peu de moyens ils pourraient donner un vrai coup de pouce à ceux pour qui c'est vital.

Philippe : rien de particulièrement saillant à vrai dire. Des gens de notre génération sortent moins, mais sont remplacés par ceux de la génération d'après, business as usual... Ah si : on arrive parfois à avoir pour une chronique de concert plus de partages FB, qu'il n'y avait de gens dans la salle, ce qui me laisse songeur (récemment : Moon Ra, Deadwood). Je soupçonne des gens de vivre leur vie de spectateurs par procuration : nos chroniques sont tellement bonnes et détaillées que je suis sûr que des gens parlent parfois de concerts où ils ne sont pas allés. Enfin ils n'ont qu'une vie, tant pis pour eux s'ils veulent la vivre devant un écran, je suis bien triste pour eux et surtout pour les artistes...

Expo Live In Marseille 2010 - Photo Pirlouiiiit

* Quels sont les groupes que vous avez le plus chroniqués ?

Philippe : nationalement comme ça me vient, Queens of the Stone Age (le meilleur groupe de rock du monde) et ses avatars. Localement j'ai sérieusement couvert les activités d'Olivier Gasoil dans ses différents groupes pendant longtemps (Gasolheads, Hatepinks, Irritones, La Flingue) jusqu'à ce qu'il me menace de mort à mots couverts. Collectivement je pense que sur Elektrolux on doit être à notre record, au delà de 50... suivi par Conger! Conger! dont on a pas raté beaucoup de dates non plus mais qui sont plus "jeunes" sur la scène marseillaise.

Pirlouiiiit : LO que j'ai vu 22 fois (sans compter quand ils s'appelaient Cindy), Elektrolux 19 fois (et bientôt 20 avec leur concert d'adieu samedi) à égalité avec Opossum (l'ancien groupe d'Anaïs), Oh!Tiger Mountain 17 fois, Neche(hirlian) 16 fois … après il y a certains artistes que j'ai vu du voir encore plus souvent dans plusieurs projets comme Manu Theron, Sam Karpienia, Ahmad Compaoré, Stephane Massy, Fred Pichot ...… sinon le premier groupe international serait The National (11 fois).

 * De quelle chronique êtes-vous le plus fier ? Celle qui vous a valu le plus de retours ? Le plus d'insultes ?

Pirlouiiiit : difficile d'évaluer l'impact des chroniques ou le nombre de personnes touchées ne serait ce parce que je n'ai pas accès au stats sur Concertandco et que les compteurs de partage fb se remettent à zero tous les soirs .... Difficile d'avoir des retours aussi pour nous écrire via Concertandco il faut se créer une fiche. Donc je peux répondre en fonction de ce qui a été posté sur le site.

Concernant le nombre de retours sur le site : le concert de Rihanna et encore on n'a validé que celles qui étaient écrites en français (ie pas en sms) . Niveau "insultes" il y a fort longtemps j'avais été légèrement intimidé par un groupe local (dont je tairai le nom - depuis leur chanteur est devenu un DJ a la renommée relativement internationale) au Poste pour une chronique qu'il n'avaient apprécié, sinon il y avait ce mail d'un gars qui m'en voulait de ne pas avoir couvert tout le Siren Festival (mais il ne pouvait pas savoir que c'était pour me balader sur la plage avec Svet que je connaissais à peine à l'époque et qui est depuis devenu la femme de ma vie). Sinon pour celle dont je suis le plus fier je ne sais pas mais qui m'a demandé le plus d'effort (comme à chaque fois que je dois écrire sur un groupe dont je n'ai pas trop aimé le concert) ça doit être celle de Nosfell (Note de Mystic Punk Pinguin : "ce Pirlouiiiit est un hérétique sans goût !").

Philippe : Même sans trop réfléchir sinon je vais m'en arracher les cheveux, je ne peux pas faire moins que 4 réponses :

En mode gonzo, j'ai une tendresse particulière pour le diptyque qui représente le festival le plus dur (physiquement) que j'aie fait de ma vie (20 cm de boue partout), le Sonisphère 2010 (mais où les Big Four du thrash metal jouaient pour la première fois ensemble, avec Alice in Chains & Motörhead en apéro, rhaâââ lovely !), et qui m'avait valu plein de bons retours d'autres "survivants".
Mon record de partages FB (un baromètre actuel assez fiable), mais sans doute aussi parce que public très connecté et festival très communicant qui l'a repris sur sa page : (my) This Is Not A Love Song, festoche ultra-sympa à Nimes/Paloma que j'ai découvert enfin en 2015,  a affleuré les 300 partages... avant d'être remise à zéro (à au moins 3 ou 4 lecteurs le partage ça devient vraiment "big" à mon goût !).
Et une de mes plus belles de hater (j'en ai pas fait beaucoup) qui a légitimement énervé plein d'aficionados du groupe : Godspeed You ! Black Emperor, des peigne-culs prétentieux et fainéants qui m'ont gonflé grave. (Note de Mystic Punk Pinguin : " Au goulag, Philippe !").
Et pour faire un mix des deux (une chronique que j'aime incluant un concert que j'ai détesté) : un bon ami d'Alsace me parle encore en grommelant du fait que j'aie traité ses  chers Neurosis de groupe de peine-à-jouir, dans par ailleurs très belle journée aux Eurockéennes, conclue idéalement par un Blur adorable.

 

Elektrolux à la Machine à Coudre (2012) - Photo Pirlouiiit

* Vous organisez votre expo au Lollipop Music Store chaque année, le lieu est un évidence ?

Pirlouiiiit : Les deux premières expos (2004 et 2005) avaient eu lieu au Tournez la Page (café philosophique punk au coin de la rue Chateau Payan et St Pierre) qui a fermé l'année où le Lollipop a ouvert. Depuis nous chaque mois de janvier nous le faisons là bas. Même si la faible surface des murs de Lollipop fait qu'on s'arrache les cheveux chaque année pour choisir 20 clichés on n'imagine mal ne pas la faire là, c'est devenu un rituel.

Philippe : non car c'est un endroit qu'on fréquente le moins possible : les tauliers sont des types prétentieux et désagréables et qui tiennent (enfin si on peut dire) un lieu particulièrement sordide, mais cette année encore la Fnac et le MUCEM n'étaient pas libres...

* Que représente Marseille pour vous ?

Philippe : Ma ville, que j'adore détester. A 40 ans j'ai officiellement basculé : à partir de maintenant je suis plus marseillais que strasbourgeois puisque je suis arrivé à 20 ans... C'est sans doute l'une des plus belles villes du monde (j'en suis fermement convaincu), en tout cas si l'on prend en compte sa forme générale, ses beaux endroits, monuments, musées, quartiers, et tout ce qu'elle offre juste autour : baignade à la mer et randonnée de montagne accessibles en bus de ville, qui dit mieux ? Je critique ses habitant.e.s  et sa gestion à longueur de journée, mais je déteste qu'un cònò d'estrangé le fasse à ma place. Cela dit, mieux gérée et avec d'autres habitants (je n'ai pas dit des plus riches ou des plus blancs, hein, juste des un peu plus civiques - des strasbourgeois en fait !!) ça pourrait être San Francisco qui elle, est vraiment la plus belle ville du monde (enfin du monde que j'ai vu).

Pirlouiiiit : En dehors d'être la plus belle ville du monde ? ;-) La ville dans laquelle j'ai grandit et dans laquelle je suis content d'avoir la chance d'élever mes enfants. Les avantages d'une grosses ville (en terme de diversité et d'activités culturelles) et d'une petite (en terme de proximité avec la nature par exemple) avec une situation géographique exceptionnelle. Après il y a beaucoup de choses qui ne vont pas mais les points positifs l'emportent largement (dans ma situation).

* La question sadique, car il faut choisir, quels sont vos meilleurs souvenirs de concerts ?

Pirlouiiiit : Sur les 3914 vus depuis que je prends des photos (donc depuis 2001) difficile d'en sortir quelques uns mais je garde des souvenirs très forts de Zone Libre feat. Casey & Hamé au Poste, les quelques passages de The National au Mercury Lounge, les concerts de Sloy (à l'époque je n'écrivais pas encore) , les concerts de Bill Deraime (tous très émouvants) , Nery au Café Julien, Opossum, LO mais avant il y avait aussi eu Paul Mc Cartney à Toulon (tournée Off the Ground), Joe Cocker au Palais des Sports (mon premier concert – tournée Unchain My Heart), Hole, Cypress Hill, Sonic Youth etc … au Lolapalooza 1995, Ringo Starr la même année.

Lo au Poste à Galène (2010) - Photo Pirlouiiiit

Philippe : Sans réfléchir : Ez3kiel vs Nosfell, Eurockéennes 2005, j'ai chialé ma race. Les deux séparément sont chaque fois merveilleux aussi ! L'an dernier, ce grand type zarbi Benjamin Clementine m'a foutu une sacrée chair de poule et les larmes aux yeux. Robert Plant aussi, j'ai failli me faire pipi dessus. Portishead et Massive Attack me déchirent en deux à chaque fois. Cela dit ça m'a fait pareil à la reformation de Metallica pour laquelle j'étais allé jusqu'à Arras, première date en France depuis presque 10 ans en 2008. Pour le concert le plus énormes et le plus jouissif : Rammstein à Nîmes, 2005. Chaque fois que j'ai vu Jack White et/ou Allison Mosshart dans un de leurs nombreux groupes, ça a été génial. Et cette année, je ne le dis pas pour me rendre intéressant mais juste parce que c'est vrai : le concert d'Eagles Of Death Metal aux Eurockéennes a été le meilleur moment du festival.

* Votre pire souvenir de concert ?

Philippe : Je l'ai déjà oublié. De mémoire j'avais quand même entièrement illustré avec des crottes de chien une chronique de Stupeflip, et je sais que ce qui m'insupporte le plus sur scène : le playback, l'impréparation, le manque de motivation. Un truc très mauvais peut me plaire quand même si je sens que les gens y mettent leurs tripes... Et un type que j'idolâtre presque comme Tricky peut me foutre en rogne à mort quand il bâcle ses concerts (4 fois sur 5).

Pirlouiiiit : Je dirais Rihanna au Dome ou Police au Stade.

* Votre dernière claque en concert ?

Philippe : Deadwood ! Shirley Bassey et Tom Waits déguisés dans un couple de petits punks ...

Pirlouiiiit : Dans mes tout récents  Deadwood + Conger! Conger! à la Meson.

Ottilie B à la Gare Coustelet - Photo Flag'


* Le truc qui vous énerve toujours après 20 ans de chroniques ?

Pirlouiiiit : à égalité, Les salles qui ne sont pas capables d'annoncer les horaires auxquels les concerts commencent vraiment et commencent toujours en retard (sauf le jour où c'est vous qui l'êtes). Et le manque de professionnalisme sinon en tout cas de curiosité de la plupart des journalistes établis qui donne l'impression que la scène musicale marseillaise se résume à quelques groupes certes très bons mais loin d'être les seuls.

Philippe : le retard avec lequel les concerts commencent à Marseille. Je ne m'y ferai jamais. Quand ça finit par devoir écourter le dernier groupe parce qu'on a trop traîné, ça me rend chèvre. Mais enfin j'ai que 13 ans de chroniques...

* Philippe, tu as écrit des textes touchants après l'attaque du Bataclan. Un drogué de concert (et fan des EODM en plus), il se sent comment après ça ?

 Philippe : Pfff... J'en ai chialé, comme beaucoup de gens je pense. J'ai tremblé avant d'avoir eu Pierre Andrieu au téléphone, qui venait de chroniquer le disque la veille, j'étais sûr qu'il y était. J'ai aussi voulu parler tout de suite à ma soeur, parisienne, au téléphone, même si je savais qu'elle n'y était pas. Nous avons pour tradition d'aller ensemble découvrir une salle et un groupe qu'elle ne connaît pas encore, à chaque fois que je monte à Paris : EODM au Bataclan remplit les 2 conditions, c'est donc typiquement un concert auquel j'aurais pu l'emmener ! Quelqu'un a écrit dans Rock'n'Folk : "je suis tellement triste, j'ai perdu 89 frères et soeurs". Pas mieux... 

Ce qui m'a fait chialer aussi : Manu Wino, un des meilleurs photographes de concert que je connaisse, avec qui j'ai déjà "travaillé", s'en est sorti appareil au poing, et il a publié ses photos dès le lendemain (QUE des photos du concert, je précise). J'aurais vraiment aimé qu'un chroniqueur puisse faire de même pour ce concert, et conclure sa chronique en crachant son mépris à la gueule des assassins... donc oui il a fallu que j'écrive un édito à son sujet, même si je n'y étais pas, heureusement.

Binaire à l'Embobineuse - Photo Pixxxxo

* Vos disques du moment ?

Philippe : Fuzz, Jeanne AddedRoverFeu! ChattertonRaphaële LannadèreSlavesKeith Richards Overdose... et je me refais tout David Bowie évidemment...

Pirlouiiiit : ceux que je viens de chroniquer ou ceux que je vais chroniquer …  à moins que ce ne soit quelqu'un dont j'ai acheté le disque à la fin d'un concert au cours de l'année écoulée (SiskaJello Biafra, ...).

* Une initiative que vous souhaitez soutenir ?

Pirlouiiiit : Une initiative qui n'existe pas encore … à défaut de voir les pouvoirs public reconnaître enfin le boulot que nous faisons depuis plus de 15 ans et son intérêt publique, que tous ceux qui font des agendas bénévolement sur différents supports électroniques du type Marseille Alive ou Le Vortex alimentent et partagent une base de donnée commune plutôt que chacun refasse le même boulot dans son coin.

Philippe : Zappi Gorria Burgers, rue des Trois Rois, anciennement les Foulards Rouges. C'est mon petit restaurant préféré et ce sont devenus de bons copains, ils ont vraiment pas la frite financièrement en ce moment, il est grand temps d'aller (ou de retourner) y manger leurs supers burgers maison avant qu'ils soient obligés de rendre leurs beaux tabliers !

* Le mot de la fin ?

Pirlouiiiit :Ne regardez plus la télé, soyez curieux et allez découvrir le monde par vous même en commençant par celui juste en bas de chez vous, plutôt que de voir vos goûts façonnés sinon en tout cas restreints par ceux qui ont suffisamment d'argent pour qu'on parle d'eux partout (à travers la pubs directe ou indirecte)

Philippe : la musique est ma religion et personne n'a jamais été tué au nom de ses dieux, j'en suis fier. Je vénérais Lemmy Kilmister autant que David Bowie et je suis donc en deuil, je leur ai même écrit une petite épitaphe commune sur Concertandco...

 

Lof & J2C, couple chroniqueur/photographe au concert de Joseph Arthur au Poste à Galène (2013) - Photo Pirlouiiiit

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Commentaires


GEMO ANNA

Posté le : 20/01/2016 à 16:55

Bravo! çà respire la sincérité et le vécu, et pour faire partie des passionnées de musique,( indispensable à ma vie,) des retrouvailles entre amis amateurs, des indifférents de la tv ,et des fidèles spectateurs de concerts, merci Concert and Co, riche source d'infos, à la recherche de laquelle j'étais, à mon arrivée dans cette ville, que j'aime et où je me suis installée, il y a 15 ans aussi... pour la découverte de tous ces lieux Marseillais, différents et sympas,où je peux rencontrer, retrouver, et écouter, des artistes talentueux, tout genre musical proposé,
Longue vie aux salles de concerts à Marseille, et à Concert and Co!

jeff kellner

Posté le : 20/01/2016 à 21:14

bravo Messieurs!
on continue...

Bruno

Posté le : 20/01/2016 à 21:56

Super interview, et bravo pour le boulot abattu depuis tout ce temps (tout en étant très fier d'avoir été chroniqué par Pirlouiiiit pour un concert donné en soir de juillet 2013, sans savir sa présence dans la salle : cet homme est partout!)

Marc Strebler

Posté le : 23/01/2016 à 12:30

Très chouette interview ! Bravo messieurs pour votre implication et votre sincérité, intactes au fil des ans ! Ne lâchez rien, ça nous est précieux ! Merci !

Jul Giaco

Posté le : 01/02/2017 à 14:21

Ça y'est pour la peine je me suis inscrit à la Plateforme !