French-o-rama Janvier 2017

l Conger ! Conger ! l This a White Album / This a Black EP l

 

Les Conger ! Conger ! poursuivent leur petit bonhomme de chemin, loin du feu des rampes, et c'est bien malheureux. On ne leur enlèvera pas cette passion essentielle qui fait avancer le projet et génère des tournées et séduit des fans le plus souvent dithyrambiques, à juste titre.

 

Un concert de Conger ! Conger ! c'est une véritable expérience sonique, à la fois rock, noise et terriblement groovy. Ils réussissent ce tour de force d'hybrider un lot de références musicales, grâce à leur expériences précédentes dans d'autres formations, plaident-ils humblement. Des guitares aux riffs sans concession, catchy et entêtants. Des lignes basses et des plans batteries sec comme on les fait à Chicago ou Washington, efficaces et moteurs. Un des plus beaux exemples se retrouve selon moi dans Call me Paul et Out From Heaven.

 

Un Black EP il y a trois ans, et voici un White LP. Les Marseillais d'Aubagne ou presque continuent à sortir régulièrement du son, à leur façon, à leur rythme. Ils prennent leur temps et des pauses en fonction de leurs obligations personnelles ou autres, mais chaque réunion, retour en studio donne lieu à cette envie primale de repartir sur la route, un terrain de jeu qu'ils affectionnent particulièrement et qui leur permet en général de roder et d'affiner les idées qui naissent en répétitions.

 

Les morceaux mûrissent en live et ça se sent. Le processus audacieux de ce double album, qui avale son EP noir annonciateur, était déjà en marche il y a deux déjà.

 

Ils avaient en tête cette intention pugnace du double LP, de ce double pile ou face. Un point c'est tout... sans forcément savoir ce que donnerait la face D - ça valait la peine de se poser la question, cette 4e face étant juste belle, et étincelante avec une version acousticisée et raccourcie de I Am the Man, déjà présent sur le Black EP.

 

Ce double le voici, et, hormis un tracklisting que j'aurais fait différemment - mais qui s'en soucie -, on retrouve cette créativité qui a accouché de titres à l'originalité sans cesse surprenante et renouvelée. Qu'ils soient imprégnés d'une mélancolie crucifiante (Sex Without Joy assouplie et épurée par rapport à la version de l'EP), qu'ils se laissent porter par une transe folk-wave (The Greyman), ou qu'ils enclenchent la vitesse supérieure (Awa)... il se dégage systématiquement une forme d'énergie sombre et puissante. 

 

Je ne saurais que conseiller d'éviter de picorer au hasard du disque mais bel et bien d'attaquer par le premier titre de la face A pour aller jusqu'au dernier titre de la face D pour profiter des ascensions et chutes libres dans lesquelles ils vous entraînent au fil des titres... pendant approximativement 75 minutes.

 

La magie se met peu à peu en place, et le troisième titre devrait achever de vous séduire par leur paysage sonore plus proche des steppes de l'Oural ou des Grands lacs que des Calanques. On ne voit pas le temps passer. Personnellement, j'ai tendance à scotcher sur la face C pour la force et le côté sauvage qui s'en dégagent.

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