Deadwood - II (Lollipop Records)

Les bruxellois de Deadwood viennent de sortir leur second album sur le label phocéen Lollipop Records (qui fête ces jours-ci ses vingt ans d'existence ). Ce duo féminin / masculin constitué de Violette au chant et de Jérémy à la guitare (et également au chant) s'est fait remarquer depuis quelques années pour ses prestations scéniques intenses et habitées. La musique de Deadwood a la particularité de mélanger rythmes et boucles electro à des guitares saturées punk ou blues. La voix de Jérémie fait penser à celle d'un Tom Waits destroy tandis que celle de Violette a des accents très soul. Les deux comparses chantent à l'unisson ou alternativement un peu à la manière des Kills. Mais la comparaison s'arrête là car Deadwood n'a rien d'une pâle copie. Ce duo a une personnalité très forte et joue une musique à la fois vénéneuse et sexy, puissante, sombre et dansante.

On est également impressionné par l'étonnante maturité d'écriture et la variété des compositions. Le duo alterne des titres à l'énergie punk comme les furieux « Run Baby run » et « The Freaks » ou l'electro boogie « Liquor Jack » avec d'autres plus calmes et aux climats plus sombres, voire gothiques, comme l'excellent « Bed Time Story », un des moments forts de l'album. Cette chanson débute avec un motif entêtant joué sur une boite à musique du plus bel effet et sur laquelle Jérémie vient poser sa voix en murmurant son texte à la manière de Vincent Price, et qui se termine en apothéose avec une guitare explosive et le chant de Violette qui feule telle une Tina Turner punk. Le résultat aurait fait une parfaite bande-son pour un film d'horreur de la Hammer. Le duo surprend donc non seulement pour le niveau des compositions mais aussi pour la qualité des arrangements, d'une grande inventivité et très travaillés, comme ces nappes de cordes qui ouvrent le très beau « Sleepless Night » et sur lesquelles viennent s'ajouter des cuivres discrets et un solo de trompette presque free. Le dernier titre de l'album, « The Owl », avec ses cuivres joués façon fanfare (par des musiciens invités) et porté par une boite à rythme obsédante, sonne de manière étonnante comme du Tom Waits période « Rain Dogs » à la sauce électro.

Au vu de la qualité des concerts donnés par Deadwood, on pouvait vraiment s'attendre à ce que ce premier album soit réussi. La subtilité des compositions ressort plus que jamais sur ce disque à la production soignée qui n'a pas pour autant gommé les aspérités sonores qui constituent un des attraits du duo. Pendant ces sept titres, on se laisse surprendre et entrainer dans cet univers hanté mais fascinant. On a affaire ici à un groupe plein d'assurance dont les qualités se confirment bel et bien avec cet enregistrement, qui devrait ravir tout amateur de rock'n'roll électro authentique et viscéral.

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