Stanza - Virage et opération mutation

Chronique de l’album UNDA (2015)

On connaissait le Stan’za  versant pop/folk francophone  des débuts (2006-11). On avait vu une évolution plus « rugueuse » avec l’EP Ames étranges (2013). En supprimant l’apostrophe tout en gardant le nom, après de multiples changements de line-up, voici un nouveau cru qui peut déstabiliser les fans de la première heure.

La première chose qui saute aux oreilles, c’est la prédominance des claviers. L’un des derniers arrivants, Jonathan, impulse clairement une nouvelle dimension, plus disco/funky, avec ses sonorités de synthétiseurs vintage (fin 70’s/début 80). Sur ce point il y a deux écoles, les nostalgiques des années 80 et les autres. C’est vrai qu’on a par moments (sur quelques ponts notamment), des effets synthétiques sonnant très "datés". Ce n’est pas non plus désagréable, entendons-nous bien. Vu à quel point le mixage met en avant ces aspects là, il est évident que c’est pleinement assumé. Donc, respect les gars.

C’est peut-être aussi, à la fois le relatif rajeunissement du personnel (seuls Jérémy et Laurent les jeunes pousses du line-up originel survivent) ainsi que la formation plus resserrée qui font que, moins d’influences se mêlent que par le passé. Résultat, une vraie homogénéité sur l’ensemble de l’opus appuyée également par une production bien plus clean que sur les précedentes productions. Ce n’est peut-être qu’une impression, mais cet album semble avoir été bien moins difficile à accoucher. Les quatre Lillois se sont bel-et-bien trouvés. L’énergie qui transpire des morceaux est à la fois fusionelle à l'intérieur du groupe et très communicative avec son auditoire. Et c’est aussi un point fort émanant directement de l'esprit de corps de ses quatre vrais potes (s’ils ne le sont pas c’est bien imité !).

Jérémy Dewinter, nous connaissions déjà l’infinie justesse de sa voix et de ses trémolos, ses envolées parfois presques "lyriques"... Au fil du temps, il a apprivoisé l'envolée toute en puissance sans perdre la finesse et sa gestion des émotions, véhiculées par des cordes vocales qui ne prennent pas une ride, mieux elles se bonifient ! La tessiture reste globalement la même mais la gestion de la gamme semble plus que jamais posée, réfléchie, mais aussi plus mure, plus lourde et sans perdre sa légèreté originelle.
Ajoutez ça à des textes et des thèmes mélodiques peut-être moins sombres qu'auparavant et vous percez sans doute l’un des secrets de la réussite de cet album.
Est-ce le mixage, il semble que les textes, si finement écrits soient-ils, ne sont plus le prétexte d’ensemble pour fabriquer leur musique. La voix reste plutôt en avant, la diction parfaitement compréhensible, mais la musique semble primer un peu plus… Et avec pas mal de petites incursions de l’anglais, Stanza offre ici un opus de Pop pur-sucre saupoudrée de disco-funck !

Les quelques approximations que l’on pouvait percevoir il y a peu encore sur les patterns de batterie de Laurent sont purement et simplement gommés. La batterie n’est pas ici un vecteur de virtuosité, ce n’est d’ailleurs pas le but recherché. Ca bat juste, ça bat net, ça bat fort. Sa Ludwig sonne à l’ancienne. C’est d’ailleurs un peu perturbant de prime abord, tant le reste de la production (basse/guitares/synthés/voix), semble formaté aux standards electro/pop actuels, mais la batterie elle, garde un côté légèrement sourd, une aspérité, un grain un peu oldschool. Ainsi  "Tombé de haut" par exemple rappelle assez nettement un bon vieux Blondie ! Les lignes de basse sont également plus précises. Il faut dire qu’Alexandre (le « bizut » de la bande), envoie bien plus de lourd que ces prédécesseurs en terme de jeu, d’assurance et d’impact global sur l’ensemble de l’arrangement. Et lui aussi bénéficie d’un mastering plus à la hauteur du potentiel du groupe. Ca groove et c’est bon.

Quand on connait la plume et la sensibilité de Jérémy, on ne peut que regretter qu’un titre ou deux n’aient pas été plus intimistes en termes de production, inscrits dans une émotion moins en mouvement, plus douce ou nostalgique… La peur du pathos ? La peur de perdre quelques auditeurs au passage ? Je sais à quel point Jérémy sait écrire et interpréter ces émotions là… Alors oui, je le regrette un peu, mais c'est très personnel.

Bon, c’est peu de dire que cet opus donne franchement la banane de bon matin, et ça c’est d’utilité publique quand on coupe enfin les ondes d’infos pour respirer un peu de bon son. Unda est également clairement conçut pour emporter les foules lors des prestations scéniques du groupe, c'est une évidence !

Ce n’est sans doute pas un choix de départ pleinement consentis par le groupe, mais nous avons ici un album quand même assez « commercial ». Ces 4 jeunes des années 80 ont sans doute bien inscrit en eux cet esprit là, cette image de ce que doit être la musique. A savoir un vecteur d’émotions…  festives et en perpétuels mouvements.
La résultante ? Des titres assez tubesques tels que "Magma" ou "Libre", que l’on peut tout à fait imaginer en single radio, diffusés sur des ondes non confidentielles. 

Essai transformé pour les Stanzeux qui ont probablement trouvé leur identité propre et stable, qu'il faudra dans l'avenir savoir renouveller sans la transmuter à nouveau.

Cet album est disponible sur iTunes et sur Bandcamp.

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