Saelig Oya - Chaos à visage humain...

Chronique de l’album Chaos-Chaos (2015)

Du métal atmosphérique à visage humain ? oui c'est ce qui vient en tête en premier lieu et ce en grande partie en raison de la prod'. L'un des reproches que je peux faire au métal, c'est le son tellement propre qu'il semble quasi déshumanisé. Vous savez, ces aspérités naturelles des distos bouffées par une section rythmique bien sèche mais comme "sulfurisée" à l'intérieur du mastering global. On aime ou on aime pas. Vous l'aurez compris je suis plutôt dans la seconde catégorie et c'est ce qui me fait plonger avec délice dans l'univers de Saelig Oya qui est débarrassé de cet aspect là. Alors est-ce le manque de moyens techniques et financiers (le groupe diffuse sous Licence Libre) ou un choix délibéré ? On peut se poser la question. Sans doute un peu des deux. Car si le genre musical est assez évident, on note que le quintet du Mans puise aussi son inspiration aux détours du Rock Prog' et du Post'Rock. En ce sens, le parallèle me semblant évident, c'est avec Porcupine Tree (périodes In absentia et The Incident). D'où peut être ces choix de son sur la batterie ainsi que sur la mise en valeur des lignes vocales.

Hélène nous gratifie d'un timbre vocal maitrisant puissance et nuances et ce même lors des passages en voix de tête. En même temps, une certaine fragilité se dégage quand, par moments, la justesse flotte très légèrement (refrain de "Remember each day" par exemple). Entonné en français et anglais (à l'accent un peu trop "franchouillard"), parfois même à l'intérieur d'un même titre, les textes reflètent plutôt bien le clair-obscur des arrangements et mélodies. Mais au final, on s'y attache difficilement, tant la musicalité d'ensemble prédomine. On pourrait aussi attendre un peu plus de passages jouant sur les harmonies que ce soit en doublant la voix féminine à la tierce (ou la quinte), ou par l'apport d'une voix masculine.

Les mélodies justement. Saelig Oya ne prétend pas ré-inventer quoi que ce soit. Ils se contentent de faire parfaitement le taf en terme de technicité et de diffusion d'émotions. Et ce n'est déjà pas si mal surtout si l'on considère que le groupe est jeune et produit ici son tout premier opus, pourtant déjà très mature. Des patterns de batterie (surtout les breaks) créés par Elie que ne renieraient sans doute pas un Marco Minnemann, mais intégrés avec parcimonie dans l'ensemble de l'espace musical. C'est d'ailleurs un très gros point fort chez les sarthois. Nous ne sommes aucunement dans la virtuosité outrancière mais chaque musicien place, ça et là, une petite touche de dextérité que la construction globale et le mixage laissent en avant. Mis à part le titre de clôture, le plus typé Rock Prog' "Chaos Chaos", qui contient une lead plutôt bien inspirée, les guitares (superbement complémentaires) de Nicolas et Dimitri sont plus génératrices d'intensité et d'ambiances que de démonstrations d'habileté pure. Notons tout de même les arpèges en son clair particulièrement cristallins.

De même pour la basse, discrète dans l'ensemble, peut-être même légèrement sous-mixée par moments, mais Florent sait transcender admirablement ses lignes quand l'espace lui en ait offert ("He Walks" en particulier). A noter également, les nappes de cordes et de violoncelle disposées ça et là (ouverture somptueuse de "Visceral" !). Un autre élément permettant une jolie fusion des genres.

Rythmiquement, là aussi, sans se perdre en tempos alambiqués, Saelig Oya sait muscler son art avec quelques timides mais utiles cassures toujours à bon escient. C'est sans doute la raison pour laquelle je me permet de classer l'opus en métal plus qu'en progressif (comme le groupe se qualifie lui-même). Certes, différents rythmes sont proposés à l'intérieur de chaque morceau, mais ce sont plus des juxtapositions de thèmes bien marqués que des constructions manifestement irrégulières empruntées au jazz.

On trouve sur ce LP 6 titres, une plage à contre courant et pas seulement parce qu'elle est courte comparée aux autres. "Dancing Queen" tient plus de Keren Ann ou Pauline Croze saupoudré de touches Floydiennes que de Steven Wilson ou Mikael Åkerfeldt. On ne sort pas pour autant du climat général. La cassure, aussi inattendue soit-elle, était presque souhaitable d'ailleurs quand arrive cette jolie ballade acoustique.

Evidemment, on peut trouver à redire sur quelques points, notamment quelques longueurs. Mais pour une première approche, il y a déjà une vraie densité de groupe, une réelle fusion des individualités.
Membres actifs de l'AMMD (Licence Art Libre assumée), ils font distribuer ce premier opus chez Musea (Ange, Daedalus Orchestra, Flower Kings..), dont le slogan est "Les classiques du futur"... Alors gardons un œil sur Saelig Oya, ils ont encore probablement beaucoup de choses à prouver.

Chaos Chaos est disponible en PayWhatYouWant sur Bandcamp. Et soutenir l'Art Libre, si ce n'est en achetant la musique c'est aussi aller voir les groupes sur scène (une tournée est prévue à l'automne 2015).
Toutes les infos sur leur page Facebook.

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