Frozen Yellow Spot – ‘SeattleRock’ made in La Ciotat ?

Chronique de l’album Heading West (2015)

Quand on s’inspire de la scène AlternativRock 90’s, Sound Garden et Pearl Jam en tête, on s’expose à quelques défis de taille. D’abord parce que, outre le fait de savoir envoyer des riffs à l’efficacité percutante et immédiate, il faut une vraie identité vocale pour homogénéiser l’ensemble rythmico-mélodique. Ensuite, en terme de production, la tentation des attaques sursaturées, issues du Métal ou du Hard peut être difficile à contenir. Frozen Yellow Spot évite les deux pièges à la fois.

Heading West, deuxième opus du trio de La Ciotat, ne fera tomber personne de sa chaise, il faut bien le dire. La recette appliquée ici, bien que parfaitement maîtrisée, est un peu surannée. Les groupes se réclamant de la scène rock de Seattle sont légions. Et bien souvent, le rapprochement est approximatif voir abusif. Oui mais, FyS ne fait pas partie de cette catégorie. Non seulement, nos 3 lascars savent y faire avec ce genre pourtant si marqué (dans le temps et l’espace), mais ils arrivent à insuffler un soupçon d’inattendu sur presque chaque piste de l’album. Alors oui, s’il faut choisir en France, un descendant direct de la lignée de Vedder, Cornell  et leurs 'bands' respectifs, Frozen Yellow Spot, concoure pour la place et se positionne même parmi les meilleurs prétendants, c’est évident.

Il est indéniable que la tonalité vocale de Frédéric Pélé, le membre fondateur du groupe, s’intègre parfaitement aux arrangements et mélodies développés, même si un peu plus de grain apporterait sans doute une dimension encore supérieure. La tenue et la gestion des nuances sont assez remarquables.  Une tessiture bien mise en valeur sur le titre éponyme de l’album notamment. Une construction qui n’est pas sans rappeler l’un des grands hits alternatifs des années 90 que fut "Black Hole Sun" ! La simple balade toute tranquille (ici au piano) qui se met à bouillir sur les refrains, un classique du genre ! Pourtant "Heading West", notamment de par sa ligne vocale, possède son petit truc en plus qui fait la différence.

Et à la guitare, Frédéric n’est pas en reste. L’air de rien, il vous balance des arpèges à contre courant de la section rythmique…  "Clockwork Toys" ou "State of Grace" sont ainsi de petits bijoux en terme de construction et de fluidité, produits avec toute la finesse nécessaire, sans jamais verser dans l’excès de distorsions ou de compresseurs. La cohésion de groupe est un autre atout majeur, tant Pierre Jean Gonnella (basse) et Laurent Pascault (batterie) ajoutent leur grain de sel dans l’interprétation, capables de ruptures rythmiques aussi inattendues que pleinement fluides. L’un comme l’autre, tout en maîtrise de leur instrument respectif, insufflent avec beaucoup d’habileté et sans trop d’artifices la dynamique nécessaire pour porter chaque titre à son paroxysme. Et la encore, la réalisation est juste et efficace, portant un ensemble et non trois individualités ajoutées les unes aux autres. Cette remarque peut faire sourire, c’est le principe même d’un groupe vous me direz. Mais cette évidence n’est finalement pas atteinte si souvent.

On trouve quelques titres sans doute moins marquants, plus 'passe-partout' dirons-nous, tels Unforgiven things ou "Altered self". Il n’empêche, que l’écoute de l’ensemble est franchement très agréable. Pas de fausse note à l’horizon. Le projet musical peut cependant souffrir d’une trop grande proximité artistique avec ses pères musicaux. Une fois l’écoute de l’album terminée, on peut se surprendre à fredonner un titre issu de... Superunknown ou de No code, tellement on aura pensé à ces références pendant les 39 dernières minutes. Mais, privilège de la jeunesse, Frozen Yellow Spot a le temps encore d’incorporer des influences plus vastes. Le groupe cite également Radiohead par exemple dans ses influences, et si ça ne se sent pas encore vraiment sur ce Heading West, on peut penser qu’un léger ralentissement du tempo par moment et l’incursion de plages plus atmosphériques pourrait être la clé d’une ascension future du trio vers une identité musicale qui lui serait propre...

On regretera que le groupe ait fait le choix de ne déposer qu'un seul titre sur La Plateforme (deux en fait puisqu'ils offrent également un extrait de l'opus précédent). Il est disponible sur d'autres plateformes, pour la découverte. Mais le meilleur point d'accès à l'heure du 2.0 reste le site web officiel du groupe.

 

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