Moon Rã - 70's Reboot

Chronique de l’album L2 (2015)

Il ya chez ce quintet Marseillais, un petit je ne sais quoi d'onirisme qui vient nous cueillir délicatement et nous emprisonne sans ménagement,  nous laissant la simple impression d'apprivoisement. En soit, c'est déjà une sacrée performance en 2015, avec ce genre musical là. On parle de Stoner Rock, de Psychédélisme, de Post Rock... tout ceci est très nébuleux. Et sans y poser le moindre texte, la moindre ligne vocale, laissant ainsi la musique peindre à elle seule un univers... un univers qui sera unique à chaque auditeur... issu, par essence de sa propre expérience, de ses propres affects...  c'est sacrément couillu et bougrement efficace !

Si l'on voulait résumer en une phrase ces 5 titres et 35 minutes, en s'appuyant sur des références évidentes, on parlerait nécessairement d'une sorte de fusion criante de l'univers de Pink Floyd, de l'approche mélodique de Pete Townshend et du son de Ritchie Blackmore.

S'il est sans doute réducteur de synthétiser Moon Rã à ce point, on ne peut pas non plus nier l'évidence. "Episode VI" s'étire tout en longueur, comme le Pink Floyd "Barrettien" savait faire lors de ses montées en transe par plages de 15 à 30 minutes à l'UFO. La première partie de "Monster" est un clin d'œil évident au "Careful with that axe, Eugene" du Floyd "Gilmourien" cette fois... la prod de ce titre rappelant très clairement la version du célèbre Live at Pompeii. Et puis globalement ce sont toutes les sections claviers et orgues de l'opus qui sont empruntées (en terme de sonorités) au tant regretté Rick Wright.

Les guitares elles (les rythmiques du moins), sont trop "grasses" et globalement moins lumineuses que celles de Gilmour (quelques lignes lead en mode psyché mises à part). Et c'est là qu'on peut percevoir un son plus proche de Deep Purple, des Who, de Led Zep et pourquoi pas, par petites touches, des Doors. Un son et une manière d'envoyer les riffs qui font mouche !

On ne sait que peu de choses de ce Moon Rã. Bon évidemment cette antinomie du nom... Une mise en opposition d'un dieu solaire et de l'astre qui lui pompe sa lumière pour donner l'impression d'exister ? Bon ce n'est pas des plus original (à moins que le groupe n'y voit une autre dimension qu'il faudra nous expliquer)  mais ce nom a le mérite de vraiment bien sonner. Ils sont cinq dont deux importations de contrées plus fraiches et humides que sont la Normandie et l'Irlande. Je n'ai pas fouiné longtemps, mais ce projet musical aurait sans doute tout à gagner à posséder un site web pour donner du grain à moudre aux chroniqueurs du dimanche ou mieux encore aux potentiels journalistes spécialisés qui se pencheraient sur le berceau de ce joli nouveau né. Comme pour beaucoup d'autres artistes présents sur La Plateforme, je regrette qu'il n'y ai pas de titres en écoute. D'autant qu'ici, pas de téléchargement possible et que sur BandCamp l'album est pour le moment disponible en PWYW... enfin, c'est leur choix.

En ouverture, "Blast" affiche quelques affinités lointaines avec le rock Asymétrique tout en restant somme toute assez sobre et légèrement labyrinthique, juste ce qu'il faut. On peut y voir une petite réminiscence d'un groupe 80's cette fois, Midnight Oil en l'occurrence.  On appréciera en particulier la complémentarité basse/guitares qui ne font pas que se suivre, comme trop souvent.

"BadStar" s'inscrit dans un esprit similaire. Et cette approche" psych-efficace" peut rappeler les collègues et voisin de Moon Râ, à savoir les Aixois de Copernic. En fait, c'est la seconde partie de "Panzer" qui vient apporter une touche complémentaire au reste de l'album. Après 2 minutes parfaitement psyché (et avant le retour aux sources sur le final), le titre s'emballe avec toujours ce son bien 70's mais aussi un jeu de batterie/guitares, plus "funky" rappelant nécessairement Franz Ferdinand.

Pour un premier album, on a déjà un projet musical très bien définit, une production qui sonne juste, des idées d'arrangement pas dégueulasses... et un projet qui doit prendre une ampleur encore plus puissante sur scène. Il faudra sans doute s'affranchir un peu plus des références peut-être un peu trop évidentes, ou au contraire d'en ajouter d'autres afin de créer des pièces musicales plus personnelles et identifiables.

Moon Rã sera un groupe à suivre, à n'en pas douter.

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